une ville qui vous entraîne dans toutes les directions à la fois.
Dans les ruelles étroites du marché, piétons, motocyclettes, vélos et voitures se faufilent dans un chaos organisé, vibrant et enveloppant, qui éveille tous les sens et enveloppe le visiteur dans une énergie à la fois électrique et chaleureuse.
En arpentant la médina vieille de 950 ans, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, on se laisse happer par le battement hypnotique des tambours sur la place Jemaa el-Fna au coucher du soleil, par l’arôme des viandes grillées aux épices et par les motifs géométriques des tapisseries tissées à la main.
Par Mary Luz Mejia
Apaiser les sens au bar à parfums
Au moment où l’effervescence de la ville semble vouloir nous submerger, Marrakech dévoile une facette plus douce. Nichée dans un riad paisible du XIXe siècle se trouve la Parfumerie Benchaâbane, créée par Abderrazzak Benchaâbane, ethnobotaniste devenu parfumeur et auteur du parfum Jardin Majorelle, conçu en 2001 pour Yves Saint Laurent. Ici, les visiteurs explorent un petit musée du parfum retraçant l’art ancestral des essences, puis créent leur propre fragrance au bar à parfums.
La Parfumerie Benchaâbane, où l’art imprègne chaque fragrance.
Amina, notre animatrice, nous installe autour d’une table couverte de flacons, de béchers et de pipettes. Pour les amateurs de parfums, l’expérience ressemble à une initiation secrète dans un laboratoire olfactif. Elle nous invite à choisir cinq ou six essences parmi une cinquantaine de distillations pures : ambre, oud, fève tonka, iris, agrumes, baies des bois.
Amina prend des notes parmi les rangées de flacons au Musée du Parfum de Marrakech.
Je réduis mes huit choix à cinq, dont le thé vert, la figue et la fleur d’oranger. Nous déterminons ensuite les notes de tête, de cœur et de fond. La note de tête est celle que l’on perçoit en premier et qui se dissipe le plus rapidement, laissant place à la note de cœur, puis aux notes de fond, qui persistent plus longtemps. Comme cette composition déterminera la formulation finale de mon parfum, je sollicite volontiers les conseils d’Amina pour trouver le juste équilibre.
Choisir cinq ou six essences favorites parmi une cinquantaine de distillations pures.
Le résultat final est élégant et frais, avec une belle tenue sans être lourd ni trop sucré, tout en conservant une touche de mystère. Je le baptise L’Air du Majorelle, en hommage aux célèbres jardins créés par le peintre Jacques Majorelle et plus tard restaurés par Yves Saint Laurent. Amina consigne soigneusement la formule dans un carnet conservé à la parfumerie afin que je puisse en commander une nouvelle bouteille lors d’un prochain séjour.
La traversée du Sahara
Un voyage au Maroc serait incomplet sans une excursion dans le Sahara. Après plusieurs heures de route à travers des paysages minéraux, nous nous arrêtons pour acheter des foulards bleu Majorelle, ces chèches touaregs emblématiques destinés à nous protéger du vent et du sable. Nous rencontrons ensuite Mohammed, notre guide, qui prépare les dromadaires pour la traversée. On comprend vraiment la prestance de ces animaux en grimpant sur leur dos : l’horizon doré s’ouvre alors dans toute sa splendeur.
À dos de dromadaire à travers les vastes dunes du Sahara.
Les dunes se dressent, majestueuses, tandis que le soleil couchant projette de longues ombres sur le sable ocre, aussi fin que du talc. À mesure que nous avançons, le monde semble ralentir. Juste avant le crépuscule, nous faisons halte pour contempler cette mer de dunes baignée d’une lumière douce. Au-dessus, un ciel d’un bleu profond; devant nous, des crêtes sculptées par le vent, parfaitement dessinées. Le désert semble suspendu dans une harmonie intemporelle. Autour de nous, un panorama à 360 degrés se déploie tandis que le soleil, teinté d’or rosé, disparaît derrière les dunes.
Nous atteignons ensuite notre campement de luxe d’Erg Chebbi, illuminé de lanternes. Les tentes, spacieuses et raffinées, disposent de salles de bain privées, de douches et de lits confortables. Des tapis épais, des coussins moelleux et des lanternes en étain martelé diffusent une lueur dorée. Après une brève pause, nous rejoignons la tente-salle à manger où une table généreuse nous attend : salades chaudes et froides, légumes parfumés et tajines fumants servis dans une ambiance conviviale.
À la nuit tombée, les sentiers éclairés de lanternes enveloppent le campement d’une lueur chaleureuse.
Plus tard en soirée, le personnel du camp se réunit autour d’un feu de camp. Aux sons des tambours et des chants, nous dansons sous un ciel scintillant. Quelques nuages légers, semblables à de fins voiles, passent devant les constellations et ajoutent une touche de mystère à cette nuit saharienne.
Les saveurs du Maroc
Le lendemain, nous visitons le superbe Musée de l’Art Culinaire Marocain. Chaque poste de travail est garni de mini tajines remplis d’épices et d’un grand tajine en argile prêt à être mijoté. Au menu : tajine de poulet au citron confit, deux accompagnements et un dessert. Guidés par une interprète qui traduit de l’arabe à l’anglais, nous éminçons, coupons et faisons sauter les ingrédients.
Une table dressée au café, prête à accueillir un festin de saveurs.
Nous observons le chef transformer une simple tomate en rosace décorative avec une aisance remarquable. Nous tentons de l’imiter, avec des résultats plus ou moins réussis. Pendant que notre tajine mijote lentement, le chef soulève les couvercles, respire profondément et déclare : « Ça sent le Maroc! » Un compliment qui suffit à nous faire sourire.
De fines couches de feuilles de brick croustillantes, de crème et d’amandes composent ce dessert marocain.
Pour le dessert, nous utilisons de fines feuilles de brick obtenues en tamponnant une boule de pâte sur une plaque chaude jusqu’à obtenir une texture délicatement croustillante. Entre ces feuilles, nous étalons une crème pâtissière à la fleur d’oranger et des éclats d’amandes grillées, pour une douceur parfumée et légère.
Nous terminons l’expérience au café du rez-de-chaussée, où les passants s’arrêtent pour boire un thé ou goûter aux pâtisseries marocaines. Les cornes de gazelle, farcies aux amandes, sont d’un croustillant irrésistible.
Dehors, la médina bourdonne, mais ici, dans la salle aux carreaux géométriques, nous savourons nos créations culinaires et les parfums qui flottent encore dans l’air de ce lieu généreux et énigmatique.
Votre jet est prêt quand vous l’êtes.
Photos gracieusement fournies par Mary Luz Mejia